Un accord scandaleux de l’ère Abbott entre le bureau du procureur et l’Église catholique dans les cas d’abus sexuels a été signé par Marta Herrera

C’était l’année 2019 et une nouvelle polémique éclaboussait le ministère public commandé par le désormais ancien procureur de la République Georges Abbott. Cette année-là, le parquet national a signé un accord controversé avec la Conférence épiscopale du Chili (CECH) dans le but de promouvoir l’échange d’informations entre les deux institutions et qui impliquait des membres de l’Église catholique chilienne. L’entité persécutrice a promis de tenir la CECH informée du déroulement des enquêtes contre les responsables de la même Église. « Le ministère public s’engage à délivrer au conseil national de prévention des abus et d’accompagnement des victimes de la CECH des informations sur les causes des crimes à caractère sexuel commis par les clercs diocésains, à condition que cela ne contrevienne pas aux dispositions de l’article 182 du le Code de procédure pénale », précise l’accord.

Immédiatement, la bombe a explosé et en raison de critiques transversales – y compris celles des victimes d’abus – le procureur Abbott a dû se rétracter et annuler l’accord. Mais la tache est restée et c’était l’un des événements qui ont affaibli le bureau du procureur laissé par Jorge Abbott. D’ailleurs, dans ses derniers jours à la tête de l’institution et en guise d’adieu, il a fait un mea culpaqualifiant cet accord d' »erreur ».

Des sources proches des victimes notent que, s’il s’agissait d’une erreur, comment personne n’a avisé l’ancien chef du ministère public de l’inconvénient de signer un accord d’une telle nature et en pleine enquête sur les abus de l’Église. Cependant, le document en question a été examiné par le service juridique du parquet national, et donc validé, comme en témoigne la signature qui accompagne celle d’Abbott et celle de Luis Fernando Ramos, alors secrétaire général de la Conférence épiscopale. La signature correspond à celle de Marta Herrera, chef de l’unité de conseil juridique du bureau du procureur national, et aujourd’hui candidate au poste de procureure nationale.


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Précisément, et en raison de sa position de chef du conseil juridique du bureau du procureur, Herrera a dû signer le document, qui peut être consulté à la page 7 de l’accord signé. Là, sous les grosses signatures d’Abbott et de Ramos, apparaît une petite rubrique MHS. C’est-à-dire Marta Herrera Seguel.

Parmi les principaux détracteurs de l’accord figuraient les victimes de Fernando Karadima, qui ont affirmé que « cet accord est une grande erreur éthique et juridique du parquet, car ils acceptent tacitement quelque chose qui est précisément le point à enquêter : la couverture- et le manque de transparence ».

Du monde politique, ils ont aussi réagi, comme le député René Saffirio : « Impossible de trouver quelque chose de plus illégal et immoral que l’accord de collaboration signé entre le ministère public (organisme qui doit enquêter et poursuivre les criminels) et l’Église catholique (institution enquêtée pour crimes sexuels sur mineurs) Où es-tu, République ?

Bien que cet accord soit resté sans effet, les causes de dissimulation pour lesquelles les cardinaux Francisco Errázuriz et Ricardo Ezzati faisaient l’objet d’une enquête, au fil des mois et des changements de procureurs, n’ont abouti à rien.