Anthologie : « Histoires de rue » : une promenade dans l’autre réalité

L’anthologie de nouvelles « Relatos de la calle » est le résultat d’un appel ouvert de la maison d’édition Santiago-Ander, qui, pendant quelques mois, a reçu plus de deux cents ouvrages, dont quatorze ont vu le jour. Et si faire une anthologie d’histoires courtes d’auteurs qui partagent une génération, une origine ou un style est déjà risqué, le faire sous la prémisse d’un appel ouvert est doublement risqué.

Ici, il n’y a pas de ligne temporelle ou stylistique qui les unit, mais plutôt un thème, qui est toujours audacieux : écrire des histoires avec un thème loin des thèmes et des scénarios que nos paroles ont pris -du moins celui avec le plus d’écran-.

Dans ce livre, nous avons un tour des communes et des provinces qui n’ont presque jamais un rôle de premier plan dans notre littérature, comme le souligne le prologue du livre: « Depuis quelque temps, la plupart des livres nous parlent du parc forestier, du quartier Lastarria, de Providencia ou Ñuñoa, mais on parle peu des communes périphériques, des secteurs marginaux ou éloignés de l’aire métropolitaine.

C’est pourquoi notre slogan au moment de lancer l’appel était cela, des histoires de la rue, des villes, des communes et des provinces abandonnées comme thèmes littéraires. Et le résultat est ce livre, quatorze histoires où les protagonistes ne sont pas des ingénieurs en crise de vocation ou des écrivains tourmentés qui réfléchissent à la politique autour d’un café avant d’aller au cinéma de l’art du cinéma, mais contiennent plutôt des familles brisées, l’alcoolisme, des balles, rues sombres et trottoirs en ciment dans les villes abandonnées ».

En effet, dans « Relatos de la calle » nous rencontrons des personnages qui vivent sur la rivière Mapocho, avec les rues sombres de Quinta Normal, des ivrognes de Talagante et des bordels des quartiers oubliés du port de Coquimbo. Un échantillon éclectique de voix et de styles, mais unis par cette urgence, cette clameur vitale, que ces autres voix n’ont jamais cessé de nous donner.

Loin d’être un livre de voix timides qui cherchent à dire des choses typiques de « l’autre Chili », cette anthologie nous livre des histoires qui nous sautent aux yeux avec leurs personnages sombres et décadents, mais surtout avec leurs atmosphères aussi réelles qu’elles sont rendus invisibles par un chanoine qui nous a toujours montré le beau côté d’un pays où la beauté n’est qu’une façade fragile.

Comme le souligne l’écrivain Pía Barros sur la quatrième de couverture du livre : « Il n’y a pas de succès bon marché dans ces textes, mais plutôt la duplicité d’un pays où chacun s’obstine à ne pas regarder l’autre côté. Mais c’est cet inverse qui articule et construit le tissu de ce que nous sommes vraiment.

Certaines histoires que nous pouvons souligner sont « White Butterflies » d’Aileen Pinto, un drame familial avec des éléments de réalisme magique au milieu des blocs et des logements sociaux ; « La créature qui a émergé de la rivière » d’Eduardo Fernández, qui raconte une amitié sur les rives du Mapocho ; « Los yuyos de María » d’Andrea Calvo, qui nous parle d’un habitant particulier de Calera de Tango ; « La pichanga del marica » de Cristián Pino, une sombre et sombre histoire de pichangas dans la rue en temps de dictature ; ou « Des morceaux d’un corps brisé » de Francisco Schilling, une histoire troublante près de la voie ferrée. La liste est complétée par les histoires de Carmen Valdebenito, Eduardo Venegas, Camila Fuentes, Andrés Torres Meza, Carolina Puschel, Leonardo Espinoza, Marcela Adaros, Carolina Aparici et Joaquín Escobar.

Un livre intéressant et intense, un échantillon d’autres voix dans notre littérature, une qui ne veut pas être complaisante, mais cherche plutôt son propre espace vital dans les rues oubliées et les trottoirs mal éclairés.

Fiche technique:

histoires de rue
Santiago-Ander Éditorial
2022
114pages